jeudi 28 février 2013

Tour d’horizon des différentes agricultures contemporaines, vers une agriculture opportuniste et adaptée



Il n’existe aucun système de production qui n’ait d’impact sur l’environnement. Surtout lorsqu’il s’agit de nourrir 7 milliards d’humains (9 milliards à l’horizon 2050). Toutefois, avec l’émergence de nouvelles méthodes d’approches pour une agriculture plus respectueuse du vivant et à dimension humaine, il semblerait que le mutualisme des techniques mises en œuvre avec la nature plutôt que contre offrirait des alternatives intéressantes à l’agriculture conventionnelle. Et une fois encore , ne rejetons pas en bloc toutes ses méthodes et tous ses principes !

Même si elle montre aujourd’hui ses limites, l’agriculture conventionnelle est digne d’intérêt. Ne serait-ce que pour son idéologie : nourrir les hommes grâce à des méthodes rapides, efficaces et économiques ! Le problème, c’est que l’argent est le pouvoir ont pris le dessus sur les ambitions premières avec comme conséquences pesticides, appropriation des semences, mécanisation abusive, pollutions des eaux, des terres et de l’air, déforestations, déséquilibre entre les différentes civilisations, etc.

L’agriculture biologique, plus éthique et écologique, née du mouvement écologique moderne, semble être une approche intéressante. Les pratiques se veulent plus respectueuses de la Terre et des hommes, mais différents problèmes empêchent son bon fonctionnement : délocalisation massive de la production, effet de mode des produits exotiques entrainant des dommages collatéraux comme une consommation importante d’énergie fossile, labellisation à outrance versus laxisme de la législation, etc. De plus, on a tendance à rendre le bio industriel alors qu’il est au départ une initiative artisanale.

Alors à vos assiettes ! Poulet bio (qui peut prendre des antibiotiques une fois par an et des antiparasitaires sans limite), accompagnée de riz basmati certifié bio (à moins de 1% de pesticides), assortiment de légumes du soleil (tomates, courgettes, aubergines et autres légumes d’Espagne, cultivées hors sol dans des mers de serres) avec en dessert, yaourt aux fruits bio dont je passerai le long détail de réglementations en terme de colorants, conservateurs et autres "arômes" ainsi que la provenance des différents ingrédients qui confèrent à ce yaourt son délice pour les papilles.
Pour éviter ce genre de produits, privilégiez les BIOCOOP.

Des exceptions existent cependant, notamment le label Nature & Progrès, avec lequel on peut consommer les yeux fermés. En bref, une approche intéressante qui mériterait d’aller creuser un peu plus profond…

La permaculture (culture permanente) est une technique de culture assez contemporaine. C’est un système intégré et évoluant d’agriculture pérenne - saine du point de vue écologique - pour l’autosuffisance et les exploitations de toute taille. Vaste ambition ! Seul bémol, les paysages sont sciemment créés en amont de la production, et ce par des moyens mécaniques quelquefois à la limite du raisonnable… Une piste à suivre malgré tout, l’approche globale restant intéressante.

Un mot sur la biodynamie, dont les principes fondamentaux dépassent l’entendement commun…  Ce système consiste à considérer l’exploitation agricole comme une entité organique vivante et à utiliser diverses préparations censées activer ou maîtriser les "forces cosmiques" afin de soutenir un bon processus végétatif. La prise en considération des rythmes lunaires et planétaires suscite une approche ésotérique. Toutefois, et malgré le manque d’étude sérieuse à ce sujet, les résultats sont plutôt impressionnants ! Si la volonté politique avait du pouvoir et de la raison, avec tous les moyens dont nous disposons à l’heure actuelle, cette méthode pourrait s’imposer d’elle-même comme un modèle agricole de valeur.

L’agriculture naturelle développée par le japonais Manasubo Fukuoka vient prendre à contre-pied toutes les méthodes citées plus haut. Sa technique consiste à laisser faire. C’est une agriculture du "non-agir", le constat étant : « quand nous changeons la manière de faire pousser notre nourriture, nous changeons notre nourriture, nous changeons la société, nous changeons nos valeurs ». Pas de travail de la terre, pas d’intrants (y compris compost), pas de sarclage, rien. Comme quand la Nature le fait d’elle-même : semences, paillages, récoltes. Cette méthode qui peut paraître rétrograde a été testée dans des centres d’essai agricole au Japon où elle s’est révélé la plus simple, la plus efficace et la plus moderne de toutes. Elle permet de produire autant que l’agriculture conventionnelle sans aucune pollution et tout en régénérant les sols en augmentant le taux d’humus. Pourquoi ne s’est-elle pas répandue me direz-vous ? Manasubo Fukuoka pense qu’une des raisons qui a empêché l’agriculture naturelle de se répandre est que le monde s’est tellement spécialisé qu’il est devenu impossible de saisir quoi que ce soit dans son intégralité. Autrement dit : nos intérêts sont tellement restreints qu'il nous est impossible de penser global.


Toutes ces méthodes, et il en existe d’autres, tisseraient une agriculture à véritable dimension humaine et écologique. Mutualisées, elles trouveraient leur plénitude en y intégrant quelques cueillettes sauvages, lesquelles seraient vecteurs d’un lien plus étroit avec la Nature (cf. l’éloge de la cueillette). Mieux, on pourrait imaginer une pratique à mi-chemin entre l’agriculture naturelle (du non-agir), la permaculture (culture permanente), pourquoi pas la biodynamie (avec toutes les réflexions d’ordre philosophique et cosmogonique qu’elle suscite), avec une "semi-culture" de plantes sauvages adaptées aux conditions particulières du terrain. Cela sous-entend de considérer nos "mauvaises herbes" des potagers comme autant d’alliés culinaires, médicinaux, tinctoriaux, etc. Tous les bénéfices des plantes sauvages sans les inconvénients du jardinage, que demander de mieux !?

« Dans la première graine mise en terre…


…il y avait en germe la bombe atomique » (F. Couplan).

Il existe plusieurs versions concernant les origines de l’Agriculture. L’institutionnelle, dispensée par les livres et les écoles, "sédentarise" les "chasseurs-cueilleurs", définit le Croissant Fertile comme foyer principal d’une agriculture "inventée" il y a "environ" 10 000 ans. Il serait intéressant de faire le point sur ces différentes notions, d’en démêler les tenants et aboutissants afin de rétablir un semblant de vérité.

Tout d’abord, "sédentariser" des chasseurs cueilleurs est un non-sens. Il ne faut pas croire que l’homme a subitement troqué la cueillette pour la culture ! Le changement s’est fait sur plusieurs milliers d’années selon les endroits, et la transition était (est continue de l’être aujourd’hui) peu marquée, progressive, durant laquelle les hommes pouvaient être autant cultivateurs-éleveurs que chasseurs-cueilleurs, avec des mouvements géographiques pas, peu ou très variables.

Aussi, on considère à tort le Croissant Fertile comme centre de l’agriculture dans le monde. La vision que nous avons de l’agriculture céréalière née au Proche-Orient est ethnocentriste. Les récentes découvertes archéologiques ont prouvé l’existence de plusieurs foyers d’agriculture, qui se sont plus ou moins influencés mutuellement et qui ont rayonné à plus ou moins grande distance. On en dénombre une douzaine de tailles conséquentes et d’origines variables, dont les premiers pourraient datées de 100 000 ans ! De quoi tordre le coup à certaines idées reçues (comme c’est souvent le cas lors de nos week-ends de formation). En effet, le concept de gestion du milieu naturel pour fournir l’alimentation (comme brûler la forêt pour favoriser la croissance de certaines plantes) est une idée en germe depuis que l’homme pense son milieu, sa place et sa dépendance vis-à-vis de celui-ci.

D’autre part, on pense à tort que les chasseurs-cueilleurs nomades étaient en mauvaise santé, mourraient de faim, et qu’il eut fallu attendre la miraculeuse "invention de l’agriculture" pour éviter l’extinction de l’espèce humaine. J’exagère, bien sûr, mais pour souligner la rapidité avec laquelle les raccourcis peuvent être faits…

On découvre en fait (grâce encore à l'archéologie) que la néolithisation (généralisation de l’agriculture à l’échelle du globe) serait à l’origine de problème osseux, de carences alimentaires, de problèmes de dents, sans parler des guerres liées aux stocks et à la hiérarchisation naissante. « Dans la première graine mise en terre, il y avait en germe la bombe atomique! » (F. Couplan).

Aussi, l’intelligence n’est pas l’apanage des premiers cultivateurs-éleveurs. Il s’agit simplement d’un bouleversement des modes de pensée, auquel s’ajoutent des modifications environnementales, les deux interagissant l’une avec l’autre pour faire évoluer les pratiques. On ne parle pas "d’invention" de l’agriculture, mais "d’apparition".


Alors pourquoi l'agriculture européenne s’est-elle imposée comme modèle ?
Les autres foyers agricoles s’inspiraient plus ou moins des phénomènes naturels, procédant par mimétisme et en fonction des conditions climatiques, assuraient une agriculture pérenne qui modifie peu le milieu. L’Europe a modifié plus fortement le milieu pour répondre à des exigences agricoles importées du Croissant Fertile.
Or, on retrouve aujourd’hui différents systèmes agricoles dans différentes régions du monde. Ces modes ne sont pas techniquement comparables et l’aspect global du fonctionnement du système ne doit pas être occulté. Ces systèmes ont évolué en étoile, au gré des différentes avancées techniques et socio-économiques (confection d’outils, conditions climatiques et géographiques, commerce, hiérarchisation de la population, etc.).
Concernant le modèle occidental, on peut analyser l’évolution du système selon plusieurs principes. Au gré des migrations du Proche-Orient vers l’Europe, on a commencé à défricher ce qui devait à l’époque ressembler à de vastes forêts, tout en y cultivant par mimétisme, les céréales selon le modèle du Croissant Fertile (pour rappel, ce dernier devait être à sa découverte, une grande étendue de céréales sauvages). On a pris le pas sur la nature – c’est sûrement dès lors que nos relations à la nature sauvage se sont dégradées.
Petit à petit, les outils ont évolué, permettant d’accéder plus vite et plus facilement à de nouvelles parcelles de terre, et d’augmenter la production. Par effet boule de neige, la population s’est accrue et on a du rapidement faire des stocks (= accumuler des richesses, ce qui suscite convoitise et prise de pouvoir). Une hiérarchie s’est mise en place. L’expansion démographique et la colonisation des parcelles de terre se sont poursuivies, mais bientôt, des problèmes liés aux castes sont apparus. S’en sont suivies guerres, maladies et disettes, liées à un appauvrissement des récoltes.

Pour résoudre ces problèmes, on a élaboré de nouvelles stratégies, développé de nouvelles techniques.
A mesure que les rendements se sont améliorés, la population a augmenté. On a optimisé le travail grâce à la technologie. Les verrous des freins juridiques de l'époque ont sauté et permis le désenclavement des régions, les échanges commerciaux, etc. Les systèmes locaux sont devenus nationaux, puis rapidement internationaux et ont fait naître de nouveaux conflits, à l’issue desquels on a assisté à des avancées majeures en termes de Croissance (hyper mécanisation, chimie, etc.). Elles ont donné naissance à l’Agriculture conventionnelle hyper productiviste et sans éthique, si chère à nos élus (allez savoir pourquoi ?).
On pourrait facilement résumer ce processus en un schéma
 
Il faudrait sortir de ce schéma qui prône une croissance infinie sur une Terre finie, qui plus est dépendamment de ressources fossiles sur le moyen et long terme. Même le développement durable est une belle utopie. De la Croissance repeinte en vert. Attention, je ne plaide pas forcément pour la décroissance mais je pense qu’il faudrait au moins cesser de croître à vitesse exponentielle, et trouver des systèmes de production qui soient justes autant pour l’Homme que pour tout le reste du Vivant.

lundi 14 janvier 2013

Eloge de la cueillette



Nature se meurt, des espèces disparaissent par poignée chaque année, et l'on parle encore de cueillir des plantes ? D'aller ponctionner le milieu ?
Halte là ! Tout est question de bon sens. Alors, pourquoi et comment cueillir, et quel impact la cueillette pourrait-elle bien avoir sur nous ?

Cueillir n'est pas un acte anodin. On prélève tout ou partie d'une ou plusieurs plantes, et ce n'est pas sans conséquences. Si la cueillette des parties végétatives (1) n’empêche pas la plante de se reproduire, il en va tout autrement concernant la récolte des parties souterraines et, pour certaines espèces, la cueillette de la fleur, du fruit ou de la graine. En effet, pour extraire une racine, on doit arracher toute la plante. Elle a donc peu de chance de survivre. Il en va de même pour les espèces dont les individus ne portent qu'un seul fruit, et que l'on cueille. On peut pousser un peu le bouchon et parler des plantes annuelles (2) et bisannuelles (3) qui, si elles sont cueillies avant d'avoir pu produire des graines, seront dans l'incapacité de reproduire des descendants.

Mais avant toute cueillette, il faut avoir observé un certain nombre de règles.
Tout d'abord, être sûr de ce que l'on cueille. L'identification avec certitude permet d'éviter la confusion et l'empoisonnement. Cela permet aussi d'éviter de cueillir des plantes protégées (4) (à condition de les connaître).
Ensuite, il importe de choisir son lieu de cueillette : éviter les bords de routes ou les zones susceptibles d'être ou d'avoir été polluées.
Autre règle d'or : cueillir ce qui est juste nécessaire, uniquement ce dont on a besoin, ce que l'on va utiliser. On évitera par exemple de cueillir toute une parcelle (et inversement ne pas se retrouver dans l'angoisse et ne rien cueillir). Que ce soient quelques feuilles, une poignée de fruits, ou un panier plein de racines, il faut le faire en conscience et introspection.

Je ne m'étalerais pas maintenant sur les différentes utilisations des plantes cueillies, une rubrique y sera prochainement consacrée. En revanche, suite logique aux règles de "pendant la cueillette", intéressons-nous à "l'après cueillette".
Après avoir soigneusement trié, puis lavé les plantes issues de la cueillette, on peut soit les utiliser fraîches, soit les conserver. Dans ce dernier cas, on peut les placer dans un linge humide au réfrigérateur (conservation courte), ou encore les sécher, les réduire en farine (pour les graines et fruits farineux), les congeler, les confire, les conserver en pâtés, au vinaigre, lacto-fermentées, etc., (conservation longue).

Maintenant, au regard de cette cueillette, qu'est-ce qui a changé chez nous ?
Quand on va cueillir, on va se recueillir. Bien que notre présence lui soit (peut-être ?) égale, la nature nous offre l'occasion de la côtoyer dans son plus simple appareil, brut, entière. Elle nous ressource, nous recharge. Elle n'a pas grand chose à nous dire, mais allons-y pour écouter ce qu'il y a de meilleur en nous. On en revient forcement un peu différent.

Quand on a cueilli, on a accueilli les plantes dans nos espaces intimes. Elles s'invitent tout naturellement à table, nous permettant, grâce à leur haute teneur en nutriments et leur goût puissant et délicat à la fois, presque mystérieux, de renouer avec un brin de liberté, une portion de vitalité, un zeste de bien-être. Cela peut aller bien au-delà, c’est communier avec le sauvage, le non-humain.
Et elles ? Qu'est-ce qui a changé dans leur écosystème, une fois qu'on les a ramassées ?
L'arrivée de la vie sur Terre et son évolution sont le fruit d'une lente mais ingénieuse transformation, qui permet de créer et d'entretenir les conditions favorables au développement des espèces. Dans ce processus naturel, il y a des prédateurs et des proies, souvent l'une devenant l'autre, c'est un cycle. Les plantes sauvages et les hommes ne dérogent pas à cette "règle". Si, pendant 2 990 000 ans, l'homme a su profiter au mieux de la nature pour ses besoins fondamentaux tout en gérant (sciemment ou inconsciemment ?) ses ressources, pourquoi n'en serions-nous aujourd'hui plus capables ?

Le problème réside surtout dans le changement brusque. Un environnement détruit à coups de bulldozer aura beaucoup plus de mal à se régénérer (évoluer) qu'un autre ayant subi des changements environnementaux beaucoup plus lents. Les plantes n'ont donc pas le temps de s'adapter à un changement radical de milieu induit par l'homme, mais peuvent revenir et recoloniser rapidement le lieu… si on leur fiche la paix !

Aussi, il ne s'agit pas non plus de vouloir "gérer à tout prix", conserver et protéger coûte que coûte. La nature n'a pas besoin de nous pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour elle. Il s'agirait plutôt de procéder à une réévaluation de nos besoins. Nous savons aujourd'hui ce qu'il ne faut plus faire, ce n'est pas une raison pour nous priver et priver la nature d'une certaine "liberté", en avançant avec elle plutôt que contre elle.

(1)   Concerne les pousses, feuilles et tiges. À l'aisselle de chaque feuille se trouve un bourgeon qui peut potentiellement entrer en activité et bâtir une nouvelle tige feuillée.
(2)   Une plante annuelle est issue d'une graine qui a dû être produite l'année précédente par un individu de la même espèce à l'issue de sa floraison.
(3)   Idem à la plante annuelle, mais son cycle s'étale sur deux ans. La première année, la plante accumule des réserves et reste en vie pendant l'hiver, ces réserves s'additionnant à ce qui est produit l'année suivante pour fleurir et produire fruit(s) et graine(s)
(4)   Cas de plantes protégées : il va de soi que la cueillette occasionnelle d'une plante dite protégée n'a pas de grosse incidence si la population dans l'endroit donné est importante. Il conviendra en revanche de ne pas la cueillir si elle se fait rare à un autre endroit donné. C’est d’ailleurs vrai même si la plante n’est pas protégée !

Pour aller plus loin…

Encyclopédie des plantes sauvages comestibles et toxiques de l’Europe (François Couplan)

-       Tome1 Le régal Végétal

-       Tome 2 La cuisine sauvage

-       Tome 3 Les belles vénéneuses

Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées (François Couplan)

Dans le vif du sujet, les plantes sauvages comestibles



Quel est le lien entre gastronomie, partage, bien être et nous les hommes ? Les plantes sauvages, naturellement ! Autrefois source principale de nourriture, puis tombées dans l'oubli vers la fin du Moyen-Age, elles reviennent aujourd'hui sur le devant de la scène.

Le genre Homo est apparu il y a environ 3 millions d'années et, pendant 2 990 000 ans, il s'est essentiellement nourri de plantes sauvages. L'image de nos ancêtres vêtus de peaux de bêtes et consommant la viande chassée en grande quantité a été quelque peu faussée. L'homme a besoin de manger des végétaux, c'est physiologique. Et même si la part des végétaux s'est amoindrie avec le temps, ils sont toujours présents.

Evolution du régime alimentaire des hominidés depuis la préhistoire

C'est avec l’avènement de la culture des plantes et la domestication des animaux que l'on voit décroître la part des plantes sauvages dans l'alimentation humaine.
Toutefois, et malgré les clivages entre les classes bourgeoises et paysannes, l'une se nourrissant de produits dits "valorisants", souvent issus d'expéditions lointaines et onéreuses, l'autre rendue à se nourrir de "racines" et autres "mauvaises herbes", les traditions liées aux usages des plantes ont plus ou moins bien traversé les âges. Comment la cueillette et ses traditions séculaires ont-elles pu résister face aux effets conjugués de la conquête du pouvoir par acquisition des richesses et  du développement récent de l'industrie agroalimentaire ?
Heureusement, quelques "illuminés", comme le poète Horace - qui gardait plutôt la tête froide par rapport aux modes décadentes des riches Romains de l'époque - qui préférait les légumes cueillis dans la nature aux mets raffinés des patriciens, ont su déceler les milles vertus des plantes sauvages. Nourriture du corps et de l'esprit, elles répondent non seulement à nos besoins fondamentaux (se nourrir, se chauffer, se vêtir, se soigner, etc.), mais aussi certains de nos besoins culturels.

Pour notre corps, elles sont une incroyable source de nutriments ! Grâce aux nouvelles technologies, on peut aujourd'hui en connaître précisément la teneur. 3 fois plus de calcium dans le pissenlit que dans le lait de vache, autant de fer dans la menthe sylvestre que dans le foie, 30 fois plus de vitamine C dans le cynorhodon que dans l'orange, 40% de protéines équilibrées en acides aminés(1) dans l'ortie contre une vingtaine dans les meilleures viandes : de quoi tordre le cou à certaines idées reçues largement véhiculées par nos chers média, et pourquoi pas enrayer les problèmes de malnutrition dans le monde (cf. article malnutrition).

Les plantes sauvages regorgent également de principes actifs médicinaux. Même les plus toxiques s'avèrent, à dose homéopathique, des alliées de taille face à certaines maladies (on emploie par exemple l'aconit comme sédatif des névralgies faciales, des tics douloureux et de la toux. A faibles doses, elle agit aussi sur l'enrouement des chanteurs). Hippocrate le savait déjà : "que ton aliment soit ton médicament" résonne encore dans toutes les têtes. On privilégiera donc la prévention : "mieux vaut prévenir que guérir !" Mais attention ! Il est hors de question d’utiliser les plantes toxiques en automédication : la limite entre effet médicinal positif et toxicité, voire mort est plus que ténue !

Source de bien être, de liberté, de partage, etc., les plantes sauvages sont une aubaine. Elles nous permettent, à condition de s'y intéresser, de prendre conscience de l'ampleur de notre impact sur l'environnement, de nous rendre compte à quel point nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Miroir des cultures, elles sont un patrimoine en péril avec lequel il nous faudra, tôt ou tard et au gré des crises énergétiques, sociales, politiques ou économiques futures, renouer. Nous ne pouvons et ne devons plus continuer à développer nos besoins sur ces modèles. "Le changement, c'est maintenant !", comme dirait l'autre...

(1)   les plantes vertes sont capables de fabriquer des acides aminés à partir d’éléments qu’elles puisent dans le sol et du CO2 atmosphérique. La plante les combine ensuite entre eux pour former des différentes protéines. Les animaux par contre sont incapables d’effectuer la synthèse du groupe aminé caractéristique de tous les acides aminés. Ils peuvent néanmoins déplacer ce groupe aminé pour le placer sur une autre substance de l’organisme afin de fabriquer un acide aminé différent. Chez l’homme, seuls huit acides aminés échappent à cette synthèse et doivent donc être apportés tels quels par l’alimentation. On les nomme "acides aminés essentiels". Si les huit acides aminés essentiels sont présents dans un aliment en proportions à peu près semblables, on dit que la protéines est équilibrée en acides aminés car notre corps peut l’utiliser efficacement. (voir aussi l'article : les sacro-saintes protéines)

samedi 29 décembre 2012

Retrouvailles en famille

C'est avec un plaisir partagé et un sentiment d'amitiés naissantes que nous (les élèves) nous sommes retrouvés ce jour là. C'est notre 3ème week-end autour des plantes, et l'on sent que la "mayonnaise" est déjà en train de prendre. Le groupe se soude tout en continuant à se découvrir et à découvrir les plantes.

Cela corrèle bien avec le thème de ce week-end : les familles, présentations des principales familles de plantes à fleurs. Objectifs : apprendre à reconnaître les principales caractéristiques des familles de plantes.

Cela présente l'intérêt de reconnaître plus facilement l'appartenance d'une espèce à un groupe parmi 266 800 espèces d'Angiospermes (1). Eh oui ! S'il fallait, à chaque cueillette ou trouvaille, recommencer tout le processus de détermination depuis le début (ça peut être très long suivant la flore utilisée), on perdrait beaucoup de temps.
Cela peut également s'avérer utile lors de voyages à l'étranger si l'on ne dispose pas de tout le nécessaire pour déterminer précisément une espèce locale. Si l'on sait par exemple reconnaître de façon certaine une espèce inconnue de la famille des Lamiacées (famille de la menthe, du thym, de la lavande, etc.), on peut, à priori, l'utiliser sans danger, cette famille ne présentant aucune espèce toxique (dans nos régions).

Entre théorie en salle et atelier pratique sur le terrain, nous avons découvert 12 familles, parmi 414 ! Deux journées entières pour découvrir les caractéristiques de 12 familles, combien nous en faudra-t-il pour les 402 autres ? Toute une vie sans doute. Et qui plus est, cela ne représente que les Angiospermes (donc hors conifères, algues, champignons, mousses, qui sont autant de mondes à part entière...). Le travail de toute une vie donc, ou plutôt une passion à vivre au quotidien qui me fait soudain penser à une citation : "ce n'est pas le but qui compte, c'est le chemin" (tirée du film Danse avec lui de Valérie Guignanbodet en 2007).






(1) Trois critères définissent les Angiospermes : regroupement des organes reproducteurs en fleurs bisexuées ; un ovaire entourant complètement le ou les ovule(s) (d'où le nom Angiosperme, de aggeion, petite urne), cet ovaire donnant à maturité un fruit ; le sac embryonnaire situé dans l'ovule qui est le siège d'une double fécondation (l'une à l'origine de l'embryon, l'autre à l'origine de l'albumen).